Le Linky donne la consommation du logement entier ; il ne dit jamais qui consomme. Ce congélateur de quinze ans vaut-il la peine d’être remplacé ? Le sèche-linge tire-t-il vraiment ses 2 500 W annoncés ? Et combien coûtent, cumulées à l’année, les veilles de la télé, de la box et de la console ? Pour répondre, il faut mesurer prise par prise — et c’est exactement ce que fait une prise connectée avec mesure de consommation, sans rien envoyer à qui que ce soit si elle est choisie correctement.

Toutes les prises connectées ne mesurent pas, et toutes celles qui mesurent ne le font pas en local. Le tri se fait sur deux critères : le protocole, et la présence explicite de la mesure de puissance sur la fiche produit.

Les options en présence

Les prises Zigbee avec mesure sont le choix le plus naturel si un coordinateur Zigbee est déjà en place. Dans les gammes courantes et bien prises en charge par Zigbee2MQTT : les Aqara — dont la Power Plug H2 récemment testée sur ce blog —, les Nous A1Z, certaines Lidl Silvercrest. Comptez quinze à trente-cinq euros. Elles remontent puissance instantanée, énergie cumulée, souvent tension et courant. Défaut assumé : la fréquence de remontée d’usine est parfois paresseuse (toutes les cinq minutes, ou par palier de variation), il faut la régler.

Les prises Wi-Fi à firmware local — Shelly Plug S en tête, ou tout modèle sous Tasmota/ESPHome — mesurent très bien et parlent directement à Home Assistant sans cloud. C’est l’option quand il n’y a pas de réseau Zigbee, ou pour une prise isolée au fond du garage, dans les limites de portée du Wi-Fi. Défaut : chaque prise est un client Wi-Fi de plus, et les modèles Tuya vendus « Smart Life » qui promettent la même chose passent, eux, par le cloud — à écarter.

Les prises Matter/Thread commencent à proposer la mesure, mais le standard Matter n’a longtemps rien prévu pour l’énergie et les implémentations restent inégales : selon l’écosystème, la puissance remonte ou ne remonte pas. Tant que c’est le cas, difficile d’en faire une base de mesure fiable.

Ce que je retiens

Réseau Zigbee déjà en place : prises Zigbee, sans hésiter — l’infrastructure est payée et chaque prise renforce le maillage. Pas de Zigbee et deux ou trois prises à équiper seulement : Shelly Plug S ou équivalent local. Dans tous les cas, vérifier la présence du modèle exact dans la base Zigbee2MQTT ou la documentation Home Assistant avant d’acheter : c’est la seule garantie que la mesure remonte réellement en local.

Un mot sur la précision : ces prises visent l’ordre de grandeur, pas le laboratoire. Pour distinguer une veille de 2 W d’un four de 2 000 W, c’est largement suffisant. Pour départager deux appareils à quelques watts près, non.

Mise en œuvre

  1. Appairer la prise (Zigbee2MQTT pas à pas pour la partie réseau) et la nommer d’après l’appareil branché : prise_lave_linge, pas prise_04.
  2. Régler le reporting. Dans Zigbee2MQTT, l’exposition power accepte des seuils de remontée (variation minimale, intervalle minimal et maximal). Un réglage raisonnable : remonter dès quelques watts de variation, avec un plancher de dix secondes — assez fin pour détecter les fins de cycle, sans inonder le réseau.
  3. Créer les entités d’énergie. La prise expose l’énergie cumulée en kWh : ajoutée au tableau de bord Énergie de Home Assistant, elle donne le coût par appareil une fois le tarif du kWh renseigné.
  4. Automatiser sur la puissance. Le grand classique : la notification de fin de cycle. Le lave-linge tombe sous 5 W pendant cinq minutes après être monté au-dessus de 100 W → le cycle est terminé. Le même patron sert pour le sèche-linge, le lave-vaisselle, la machine à pain.

Les erreurs fréquentes

Sous-dimensionner la prise. Une prise annoncée 10 A encaisse 2 300 W ; un convecteur ou une bouilloire s’en approche, un radiateur de 2 500 W la dépasse. Pour tout ce qui chauffe, viser du 16 A — et ne jamais brancher un appareil de cuisson ou de chauffage sur une prise dont la fiche technique reste vague sur ce point.

Laisser le reporting d’usine. Symptôme : la courbe de puissance est plate puis saute par gros paliers, et l’automatisation de fin de cycle se déclenche avec dix minutes de retard, ou pas du tout. La cause n’est pas la prise mais son réglage de remontée, presque toujours ajustable.

Mesurer la veille avec optimisme. Sous quelques watts, la précision de ces prises se dégrade nettement. Une veille affichée à 1 W peut en faire 2, ou 0,5. L’ordre de grandeur reste utile pour décider quoi couper ; le chiffre exact, lui, n’est pas fiable à ce niveau.

Matériel

Pour aller plus loin