La question revient systématiquement dès qu’on installe son troisième capteur : faut-il rester en Zigbee, ou passer au Wi-Fi puisque le réseau est déjà là ?

La réponse honnête est qu’il n’y en a pas une seule. Mais il existe un critère dominant, et ce n’est ni le prix, ni la latence : c’est la présence ou non d’une alimentation secteur à l’endroit où vous voulez poser le capteur. Presque tout découle de là.

Le vrai clivage : sur pile ou sur secteur

Un détecteur de mouvement Wi-Fi sur pile est une mauvaise idée, et pas à cause du protocole en lui-même : à cause de la procédure d’association. Rejoindre un réseau Wi-Fi implique une négociation nettement plus coûteuse en énergie que rejoindre un réseau Zigbee. Un appareil sur pile qui doit se réveiller, s’associer, transmettre, puis se rendormir consomme à chaque cycle bien plus qu’un équivalent Zigbee.

Concrètement : un détecteur Zigbee sur pile bouton tient couramment de un à deux ans. Un détecteur Wi-Fi sur pile, quand il existe, se compte en mois — et les modèles qui annoncent mieux le font en sacrifiant la réactivité, avec des temps de réveil qui ruinent l’intérêt d’un détecteur de mouvement.

À l’inverse, un détecteur alimenté en permanence rend le débat sans objet côté énergie. Là, le Wi-Fi redevient parfaitement défendable.

Donc : capteur là où il n’y a pas de prise → Zigbee. Capteur près d’une prise ou alimenté en USB → les deux se discutent.

Ce que le Wi-Fi apporte réellement

Pas d’infrastructure supplémentaire. Ni coordinateur, ni maillage, ni canal à choisir. Pour deux ou trois capteurs, monter toute une chaîne Zigbee est disproportionné.

Une portée qui suit celle de votre Wi-Fi. Si vous avez déjà de bons points d’accès, la couverture est acquise. Un capteur au fond du jardin près d’une prise extérieure sera souvent plus simple à faire fonctionner en Wi-Fi qu’à raccrocher à un maillage Zigbee.

Plus de bande passante. Sans intérêt pour un détecteur binaire, mais décisif dès qu’il y a de l’image. Un capteur de présence avec caméra, ça ne passe pas en Zigbee.

Le firmware libre. C’est l’argument le plus fort et le moins cité. Beaucoup de capteurs Wi-Fi à base d’ESP peuvent être reflashés avec un firmware ouvert, ce qui donne un appareil entièrement local, sans compte constructeur, et configurable finement. Certains modèles vendus tout faits arrivent même déjà ainsi.

Ce que Zigbee apporte réellement

L’autonomie, on l’a dit. C’est décisif.

Un réseau maillé. Chaque appareil sur secteur relaie pour les autres. Plus vous en avez, meilleure est la couverture. Le Wi-Fi fait exactement l’inverse : chaque appareil est un client de plus à gérer sur le point d’accès.

Une charge réseau négligeable. Trente appareils Zigbee ne se voient pas. Trente appareils Wi-Fi sur une box grand public, si — et c’est l’un des motifs les plus courants de saturation d’une box, avec des symptômes qui n’ont l’air d’avoir aucun rapport (le Wi-Fi du téléphone qui devient capricieux).

Un désencombrement de la bande 2,4 GHz. Vos appareils domotiques n’ont plus rien à faire sur le même canal que votre télétravail.

Un coût unitaire plus bas. Une fois le coordinateur payé, chaque capteur supplémentaire est moins cher que son équivalent Wi-Fi.

Et la latence ?

C’est l’argument le plus souvent avancé, et le plus surestimé.

Sur un réseau correctement construit, les deux technologies déclenchent en une fraction de seconde. La différence perceptible sur un allumage de lumière est négligeable.

Ce qui produit réellement des retards visibles, ce n’est presque jamais le protocole : c’est un maillage Zigbee insuffisant qui oblige à des retransmissions, ou un capteur Wi-Fi en veille profonde qui doit se réveiller et se réassocier. Autrement dit, un problème de conception, pas de technologie.

Un détail qui compte davantage : le temps de blocage (cooldown) du capteur. Beaucoup de détecteurs infrarouges ignorent tout mouvement pendant une à trois minutes après une détection, pour économiser la pile. Si vous voulez un rallumage réactif, c’est ce paramètre qu’il faut regarder — et il est souvent réglable sur les modèles Zigbee, rarement sur les modèles bas de gamme.

Le débat qui rend les deux obsolètes : infrarouge ou mmWave ?

Il vaut la peine d’élargir la question, parce qu’elle est souvent plus déterminante que le choix du protocole.

Un détecteur infrarouge (PIR) détecte le mouvement, pas la présence. Restez immobile sur un canapé, et il vous oublie. D’où les lumières qui s’éteignent en pleine lecture, la frustration la plus universelle de la domotique.

Un capteur mmWave détecte la présence réelle, jusqu’à la respiration. Il est plus cher, consomme davantage — donc presque toujours sur secteur, ce qui pousse vers le Wi-Fi — et demande un réglage soigneux, faute de quoi il détecte le voisin derrière la cloison ou le rideau qui bouge.

La combinaison des deux est souvent la meilleure réponse : le PIR pour allumer vite, le mmWave pour maintenir allumé. C’est le sujet développé dans l’article sur l’éclairage automatique.

Ma recommandation

Vous avez déjà un réseau Zigbee (et donc un coordinateur) : restez en Zigbee pour tout ce qui est sur pile. L’infrastructure est payée, chaque capteur ajouté renforce l’écosystème.

Vous démarrez avec deux ou trois capteurs, tous près d’une prise : le Wi-Fi avec firmware ouvert est légitime, et vous évite une couche entière.

Vous visez plus de dix capteurs : Zigbee, sans hésiter. Le coût du coordinateur s’amortit vite et vous éviterez de saturer votre box.

Vous voulez de la vraie détection de présence : mmWave sur secteur, et le protocole devient secondaire.

Et une remarque de fond : ces deux technologies cohabitent très bien. La plupart des installations matures utilisent les deux, chacune là où elle est bonne. Le piège n’est pas de mélanger — c’est de choisir par idéologie plutôt que par emplacement.

Matériel

(liens affiliés indisponibles : configuration en attente)

Pour aller plus loin