Trois ans à câbler, appairer, automatiser. Et puis il faut partir.

Un déménagement domotique n’est pas qu’une affaire de cartons : c’est un logement entier qui reste équipé de capteurs qui vous parlent encore, un réseau radio à reconstruire ailleurs, et une question juridique que personne ne pose avant la visite de sortie. Voici comment s’y prendre, dans l’ordre.

1. Écrire ce qui part et ce qui reste

Ne classez pas automatiquement un équipement comme vendu ou démontable d’après sa seule fixation au mur. Établissez une liste écrite avec le bailleur ou les parties à la vente : appareil, propriétaire, état fonctionnel à restituer et accord sur la dépose. Pour une vente, faites confirmer les exclusions dans les documents contractuels par le notaire.

Pour une location, Service Public distingue aménagements et transformations et décrit les conséquences de travaux sans autorisation. Un module encastré, un thermostat câblé et un capteur sur pile ne posent pas les mêmes questions de remise en état. Conservez les équipements d’origine et faites intervenir une personne compétente pour rétablir les commandes électriques.

2. Avant de toucher à quoi que ce soit : la sauvegarde

Faites-la maintenant, pas le jour du camion.

Une sauvegarde doit inclure Home Assistant et les données de la pile Zigbee utilisée. Contrôlez séparément le dossier Zigbee2MQTT ou la sauvegarde ZHA, les clés et les éléments du coordinateur. La reprise sans réappairage dépend aussi du matériel et de la compatibilité de migration ; une archive Home Assistant seule ne la garantit pas.

Vérifiez trois choses :

  • la sauvegarde est téléchargée hors du serveur (sur un disque qui voyage avec vous, pas seulement sur la machine) ;
  • vous avez noté quelque part le mot de passe de chiffrement de la sauvegarde ;
  • vous savez restaurer. Une sauvegarde jamais testée n’est pas une sauvegarde.

Notez aussi, sur papier ou dans un gestionnaire de mots de passe : le canal Zigbee utilisé, l’identifiant du réseau (PAN ID), et les identifiants du serveur MQTT.

3. Photographier avant de démonter

Cinq minutes qui en font gagner cinq heures.

Photographiez chaque micro-module encastré avant de refermer, avec ses fils. Une photo de boîtier ouvert vaut tous les schémas : au remontage, dans un logement dont vous ne connaissez pas encore le câblage, vous serez content de savoir à quoi ressemblait un montage qui fonctionnait.

Étiquetez les capteurs au fur et à mesure du démontage. « Capteur ouverture n° 3 » ne veut rien dire dans un carton ; « fenêtre chambre nord » se remonte tout seul.

4. Faire le ménage dans le logement quitté

C’est l’étape que tout le monde oublie, et c’est la plus importante pour la sécurité — la vôtre comme celle des nouveaux occupants.

Un logement qu’on vient de quitter peut très bien continuer à envoyer des données à votre serveur. Un capteur d’ouverture oublié dans un placard, un micro-module encastré laissé en place et toujours appairé, une caméra débranchée mais toujours déclarée : ce sont des personnes que vous surveillez à leur insu, ce qui n’est pas seulement gênant — c’est illégal.

La procédure :

  1. Désappairez tous les appareils qui restent sur place, depuis Zigbee2MQTT ou ZHA. Un appareil désappairé ne remonte plus rien.
  2. Réinitialisez les micro-modules laissés en place (procédure du fabricant : généralement une pression longue sur le bouton d’appairage). L’appareil doit redevenir vierge, prêt à être adopté par quelqu’un d’autre.
  3. Supprimez le Wi-Fi enregistré dans les appareils qui restent, si le nouveau propriétaire ne reprend pas votre box.
  4. Coupez les accès distants : retirez le logement de tout compte en ligne, révoquez les partages, supprimez les redirections de ports sur la box si elle reste.
  5. Vérifiez l’historique dans Home Assistant, une semaine après le déménagement : si une entité continue de remonter des valeurs, c’est qu’un appareil est resté connecté.

Enfin, un geste de courtoisie qui coûte dix minutes : laissez une note aux nouveaux occupants pour les équipements qui restent. Modèle du micro-module, marque de l’interrupteur, procédure de remise à zéro. Beaucoup de gens découvrent des mois plus tard qu’ils vivent avec du matériel connecté dont ils ignorent tout.

5. Ce qui va poser problème dans le nouveau logement

Ne comptez pas retrouver le même comportement en rebranchant tout.

Le réseau maillé est à reconstruire. Vos capteurs se souviennent du réseau, mais pas du chemin : les répéteurs ne sont plus aux mêmes endroits, les murs non plus. Un logement ancien en pierre ou en béton armé change tout par rapport à une construction récente en placo.

Remontez donc d’abord les appareils sur secteur (prises, ampoules, micro-modules) : ils forment le squelette du maillage. Les capteurs sur pile ne se raccrochent correctement qu’une fois cette ossature en place. Faire l’inverse est la première cause de « ça marchait avant, ça ne marche plus ».

Le canal radio est peut-être à changer. Le voisinage Wi-Fi n’est plus le même. Si le réseau est instable dans le nouveau logement, c’est souvent la première piste.

Le coordinateur est peut-être mal placé. Dans un appartement, le serveur finit souvent dans un placard technique, au coin du logement — le pire endroit pour un réseau radio. Un coordinateur déporté en Ethernet permet de le poser au centre, loin du serveur, et règle la question une bonne fois.

Les automatisations liées à des lieux sont à revoir. « Si le soleil est bas et que la luminosité du salon descend sous 30 lux » ne veut plus rien dire dans une pièce orientée autrement. Prévoyez une phase de réglage, et n’activez pas tout le premier jour : vous ne sauriez plus ce qui déclenche quoi.

6. Le cas particulier : arriver dans un logement déjà équipé

L’inverse arrive aussi, de plus en plus souvent. Vous récupérez des équipements dont vous ne savez rien.

  • Réinitialisez systématiquement tout, même ce qui semble fonctionner : tant qu’un appareil n’a pas été remis à zéro, il peut rester rattaché au réseau du précédent occupant.
  • Coupez les caméras en priorité, tant que vous n’êtes pas certain de qui les regarde.
  • Identifiez le protocole avant d’acheter quoi que ce soit : du Zigbee ou du Z-Wave laissé en place est un cadeau, il se réadopte. Du Wi-Fi propriétaire lié à un compte fermé est, le plus souvent, à jeter.
  • Changez les piles des capteurs récupérés : vous ne savez pas depuis quand elles sont là.

La checklist, à imprimer

Un mois avant — sauvegarde téléchargée et testée · canal et PAN ID notés · interrupteurs d’origine retrouvés · liste écrite de ce qui part et de ce qui reste (annexée au compromis ou à l’état des lieux).

Le jour du démontage — photos des boîtiers ouverts · capteurs étiquetés · appareils restants désappairés puis réinitialisés · accès distants révoqués.

À l’arrivée — serveur et coordinateur d’abord · appareils sur secteur ensuite · capteurs sur pile en dernier · canal radio vérifié · automatisations réactivées par petits lots.

Une semaine après — aucune entité fantôme ne remonte de données de l’ancien logement. Si c’est le cas, quelque chose est resté connecté : il faut y retourner.

Références et vérifications

Pour préparer une reprise complète, utilisez la documentation officielle de sauvegarde et restauration et notre stratégie 3-2-1. Révoquez également les appareils et accès de votre réseau distant qui ne doivent pas suivre le logement.