C’est la question qui met mal à l’aise, et que les articles sur la domotique évitent soigneusement : une installation domotique tourne 24 heures sur 24, 365 jours par an. Serveur, coordinateur radio, passerelles, prises connectées, écran mural, NAS de sauvegarde. Tout cela consomme, en permanence, pour vous aider à consommer moins.

Alors, bilan net : gain ou perte ? La réponse est chiffrable, et elle tient à une seule règle de calcul.

La seule formule à retenir

Un appareil qui consomme 1 watt en continu pendant un an consomme :

1 W × 24 h × 365 j = 8,76 kWh par an

Au tarif réglementé français, autour de 0,20 € le kWh TTC (vérifiez le vôtre, il figure sur votre facture), cela donne :

1 watt en permanence ≈ 1,75 € par an.

Retenez ce chiffre, il suffit à tout estimer. Une box qui consomme 8 W vous coûte 14 € par an. Un NAS à 30 W, 52 €. Une veille de 0,5 W, 88 centimes.

Et il fonctionne dans les deux sens : un radiateur de 1 000 W éteint une heure de plus par jour, c’est 365 kWh économisés, soit 73 € par an. Vous voyez déjà où penche la balance.

Poste par poste : ce que consomme réellement une installation

Voici des ordres de grandeur mesurés, pour une installation locale typique. Les valeurs varient selon les modèles, d’où l’intérêt de mesurer chez soi (on y revient).

PostePuissance moyenneCoût annuel (0,20 €/kWh)
Raspberry Pi 5 (sans écran)~2,5 W~4,50 €
Mini-PC Intel N1006 à 9 W10 à 16 €
Ancien PC portable recyclé15 à 25 W26 à 44 €
Vieille tour de récup’40 à 70 W70 à 123 €
Coordinateur Zigbee USB~0,5 W~0,90 €
Passerelle constructeur (par marque)2 à 4 W3,50 à 7 €
Prise connectée (à vide)0,5 à 1 W0,90 à 1,75 €
Ampoule connectée (éteinte)0,3 à 0,5 W0,50 à 0,90 €
Tablette murale (écran allumé)3 à 6 W5 à 10 €
NAS 2 baies20 à 40 W35 à 70 €
Capteurs sur pile0 W0 €

Trois enseignements sautent aux yeux.

Le serveur n’est pas le problème — sauf si vous recyclez. Un N100 à 12 € par an, c’est une ligne négligeable. Une vieille tour à 100 € par an, c’est un mauvais calcul : le « gratuit » de la récupération est remboursé en un an et demi par l’écart de facture. C’est le seul cas où acheter du neuf est écologiquement et économiquement défendable.

Ce sont les périphériques qui coûtent, par leur nombre. Une prise connectée à vide consomme peu — mais vingt prises, c’est 15 W en permanence, soit 26 € par an rien qu’en veilles. Le poste le plus sous-estimé d’une installation qui grandit.

Les capteurs sur pile sont gratuits. Rien ne sort de votre compteur. C’est un argument de plus pour le Zigbee sur pile face à des équipements Wi-Fi alimentés en permanence.

Le piège des passerelles empilées

C’est l’erreur la plus coûteuse, et elle est invisible.

Une installation constituée au fil des marques finit avec une passerelle Philips Hue, une passerelle Aqara, un pont Ikea, un dongle Tuya, chacun à 3 W. Quatre boîtiers, 12 W, 21 € par an — pour faire exactement le travail qu’un seul coordinateur Zigbee à 0,5 W ferait mieux, en local, sans compte constructeur.

Passer à un coordinateur unique, ce n’est donc pas seulement une question de souveraineté : c’est aussi 20 € par an, et quatre alimentations en moins sur la multiprise.

Mesurer plutôt que croire

Tous ces chiffres sont des ordres de grandeur. Chez vous, le seul chiffre qui compte est celui de votre matériel. Deux façons de l’obtenir.

La méthode à 15 € : un wattmètre sur prise. On le branche, on branche le serveur dessus, on attend 24 heures, on lit la consommation en kWh. C’est direct, sans configuration, et l’appareil resservira pour le réfrigérateur, la box internet ou le sèche-linge.

La méthode intégrée : une prise connectée avec mesure de consommation, qui remonte la puissance dans Home Assistant. Plus chère, mais elle historise, et elle permet de brancher des automatisations dessus (alerter quand le lave-linge a fini, détecter un congélateur qui ne redémarre plus).

Et pour la vue d’ensemble, il y a beaucoup mieux que la somme des prises : le compteur Linky lui-même. Sa sortie téléinformation délivre l’index, la puissance instantanée et, en Tempo, la couleur du lendemain — le tout en local, sans compte Enedis ni API distante.

Alors, rentable ?

Faisons le bilan d’une installation locale raisonnable : mini-PC N100, un coordinateur Zigbee, huit prises connectées, une dizaine de capteurs sur pile, une tablette murale.

Consommation : environ 20 W en continu, soit ~175 kWh et ~35 € par an.

Face à cela, ce que la domotique permet réellement d’économiser :

  • le chauffage piloté par pièce et par présence : c’est le poste écrasant. Sur un logement chauffé à l’électricité, baisser de 1 °C fait environ 7 % sur la facture de chauffage — soit couramment 60 à 120 € par an ;
  • les veilles supprimées : une multiprise coupée la nuit sur le poste TV/console, c’est 5 à 15 W en moins, 10 à 25 € par an ;
  • le décalage vers les heures creuses (lave-linge, lave-vaisselle, ballon d’eau chaude) : quelques dizaines d’euros, davantage en Tempo où l’écart entre jours bleus et rouges est considérable ;
  • le chauffe-eau piloté finement : souvent le deuxième poste après le chauffage.

L’installation se rembourse donc en électricité dès la première automatisation de chauffage sérieuse. Le vrai coût de la domotique n’a jamais été sa consommation : ce sont les 400 à 800 € de matériel initial, amortis en deux à quatre ans si — et seulement si — vous automatisez ce qui pèse vraiment.

Les trois arbitrages qui comptent

  1. Un serveur sobre, pas un serveur gratuit. Un N100 neuf bat une tour recyclée dès la deuxième année, facture en main.
  2. Un seul coordinateur radio, pas une passerelle par marque.
  3. Automatisez d’abord le chauffage. Piloter finement les ampoules est agréable ; piloter le chauffage est ce qui paie l’installation.

Le reste — la tablette murale, le NAS, les capteurs partout — relève du confort. C’est très bien, mais autant savoir ce que ce confort coûte : maintenant vous avez la formule pour le calculer.