Quand un parent vieillit seul chez lui, la question arrive toujours de la même façon : « comment savoir que tout va bien, sans l’appeler trois fois par jour ni le filmer chez lui ? »
Le marché répond par la téléassistance : un abonnement de 25 à 40 € par mois, un médaillon, et une plateforme distante. C’est une solution valable, et pour certaines situations c’est la bonne. Mais elle a trois défauts : elle coûte cher dans la durée, elle dépend entièrement d’un prestataire, et elle repose sur un geste — appuyer sur le bouton — que la personne ne fera pas toujours.
Une installation locale répond à un besoin voisin, différemment. Commençons par ce qu’elle ne fait pas.
Ce que cette approche ne peut pas faire
Autant être franc, parce que le sujet ne souffre pas l’à-peu-près.
Ce n’est pas un dispositif médical, ni un service d’urgence. Il n’y a pas de plateau téléphonique 24 h/24, personne ne rappellera à votre place, et aucun secours ne sera envoyé automatiquement. Ce que vous construisez, c’est un système qui vous prévient, vous. Si vous n’êtes pas joignable, il ne se passe rien.
La détection de chute fiable n’existe pas avec ces capteurs. Les capteurs de présence, même à ondes millimétriques, détectent une présence, pas une chute. Les dispositifs qui prétendent le contraire, en radar ou en tapis de sol, sont des équipements spécialisés et coûteux, avec des taux de fausses alertes non négligeables. Ne construisez pas votre tranquillité là-dessus.
Ça ne remplace pas les visites. Un système d’alerte détecte l’anomalie ; il ne détecte pas l’isolement, la dénutrition ou la dépression.
Ce que ça fait très bien, en revanche : repérer une rupture d’habitude. Et c’est souvent le premier signal réel.
Le principe : surveiller les routines, pas les personnes
Une caméra filme quelqu’un. Un capteur d’ouverture de porte, non — il dit juste « la porte du réfrigérateur a été ouverte ce matin ». C’est toute la différence, et elle est décisive pour que la personne accepte le dispositif.
Les signaux les plus utiles sont d’une banalité totale :
- le réfrigérateur n’a pas été ouvert depuis le réveil ;
- la porte de la chambre ne s’est pas ouverte alors qu’il est 11 h ;
- la bouilloire ou la cafetière n’a pas servi ce matin ;
- aucun mouvement dans le couloir depuis six heures en pleine journée ;
- la température du logement est descendue sous 17 °C (chauffage en panne, fenêtre restée ouverte) ;
- la porte d’entrée est ouverte depuis vingt minutes.
Chacun pris isolément ne veut rien dire. Ensemble, ils dessinent une routine — et c’est la rupture de cette routine qui vaut alerte.
Le matériel minimum
Trois capteurs suffisent pour commencer. Inutile d’équiper toute la maison le premier jour : mieux vaut trois signaux fiables et compris que quinze capteurs qui déclenchent des fausses alertes jusqu’à ce que tout le monde les ignore.
Un détecteur d’ouverture sur la porte du réfrigérateur. C’est le meilleur capteur d’activité qui existe : personne ne passe une journée entière sans ouvrir son réfrigérateur. Discret, il ne dit rien de la personne, seulement qu’elle vit.
Un capteur de température dans la pièce de vie. Une chute de température signale un chauffage en panne ou une fenêtre restée ouverte — deux situations réellement dangereuses en hiver pour une personne âgée, et qu’un proche ne verra jamais par téléphone.
Un bouton d’appel, à poser là où on en a besoin. C’est le complément du dispositif : la personne peut, elle aussi, envoyer un signal. Un bouton Zigbee se colle où l’on veut — chevet, salle de bain, cuisine — et coûte le prix d’un repas, sans abonnement. Appui court : « tout va bien, j’ai vu ton message ». Appui long : « appelle-moi ».
Pour aller plus loin ensuite : une prise avec mesure de consommation sur la cafetière ou la télévision donne un excellent signal d’activité, et un détecteur de mouvement dans le couloir complète bien le tableau.
Les automatisations qui marchent vraiment
Le piège est de créer des alertes trop sensibles : au bout de dix fausses alertes, personne ne les lit plus, et le jour où il y en a une vraie, elle passe inaperçue.
L’alerte « pas d’activité ce matin » est la plus utile. Le principe : si aucun capteur n’a bougé entre le lever habituel et une heure limite, on prévient.
automation:
- alias: "Aucune activité ce matin chez maman"
trigger:
- platform: time
at: "11:00:00"
condition:
- condition: template
value_template: >
{{ (as_timestamp(now())
- as_timestamp(states.binary_sensor.porte_refrigerateur.last_changed))
> 57600 }}
action:
- service: notify.mobile_app_telephone
data:
title: "Pas d'activité détectée"
message: >
Le réfrigérateur n'a pas été ouvert depuis hier soir. Un appel
s'impose peut-être.
Notez le seuil à 57 600 secondes (16 heures) : il tolère une nuit longue. Un seuil trop serré vous réveillera pour rien.
L’alerte température doit être temporisée : une fenêtre ouverte dix minutes pour
aérer est normale, deux heures à 15 °C ne l’est pas. Utilisez for: dans le
déclencheur, avec une durée d’au moins une heure.
L’alerte porte d’entrée restée ouverte : vingt à trente minutes, pas moins.
Ce qu’il ne faut pas faire : alerter sur l’absence de mouvement pendant la sieste, sur chaque ouverture de porte, ou la nuit. Un système qui réveille tout le monde à 3 h du matin parce que quelqu’un est allé aux toilettes sera débranché dans la semaine.
Enfin, prévoyez toujours une escalade humaine : la notification ne remplace pas l’appel. Beaucoup de familles s’organisent avec un message de confirmation quotidien (« maman a ouvert le frigo à 8 h 12 ») plutôt qu’avec des alertes — c’est moins anxiogène, et ça se lit vraiment.
La question du consentement — elle n’est pas optionnelle
Installer des capteurs chez quelqu’un sans son accord explicite, même avec les meilleures intentions, est à la fois un problème éthique et juridique.
La personne doit savoir ce qui est installé, comprendre ce que ça remonte, et pouvoir dire non. En pratique, l’acceptation passe beaucoup mieux quand on explique qu’il n’y a ni caméra ni micro, que les données restent dans le logement, et que le dispositif sert à éviter les appels de vérification quotidiens plutôt qu’à surveiller.
C’est aussi pour cela qu’une installation locale est plus défendable qu’un service en ligne : les données ne partent nulle part. Elles restent sur un serveur, chez vous ou chez la personne, sans que personne d’autre ne les consulte. Cadrez-le explicitement : qui a accès, ce qui est conservé, combien de temps.
Ce que ça coûte
Comptez 80 à 150 € de capteurs pour un dispositif utile, plus le serveur (150 à 250 € s’il n’existe pas déjà) et le coordinateur Zigbee. Soit 250 à 400 € une fois, sans abonnement, contre 300 à 480 € par an pour une téléassistance.
Le calcul financier est vite fait, mais ce n’est pas le bon critère. Le vrai arbitrage est ailleurs :
- prenez une téléassistance si la personne vit seule, présente un risque de chute avéré, et que personne ne peut intervenir rapidement. Le plateau 24 h/24 et l’intervention des secours n’ont pas d’équivalent maison ;
- installez une veille locale si vous cherchez à repérer une anomalie dans les habitudes, que vous êtes joignable, et que la personne refuse d’être filmée ou de porter un médaillon — refus extrêmement fréquent, et qui rend beaucoup de dispositifs payants inutiles ;
- faites les deux si la situation le justifie : ce n’est pas contradictoire, et la veille locale donne le contexte que le service d’urgence n’a pas.
Une bonne installation, ici, ne se juge pas au nombre de capteurs. Elle se juge à ceci : au bout de six mois, est-ce que quelqu’un lit encore les alertes ?
